dimanche 19 juin 2011

Saint Cierge la Serre ancienne mine de zinc

Nos balades nous emmènent parfois vers des friches industrielles, patrimoine de notre région, historique et humain, je vous propose la visite de l'ancienne mine de zinc de Saint Cierge la Serre en Ardèche.

C'est avec une musique d'Ennio Morricone dans la tête que j'aborde ces ruines, l'ambiance est fabuleuse, l'orage attendu ajoutant encore une part fantastique aux lieux.






La concession de la mine a été accordée en 1888 sur 1411 hectares pour l'exploitation du zinc au profit de Monsieur Hyppolyte Radisson. En 1897 Eugène Sénéchal de la Grande, banquier à Paris, rachète, au nom de la société métallurgique et minière des Cévennes, la concession.

En 1888 la mine extrait 2000 tonnes de blend, produit brut expédié en Belgique, le minéral contient de 45 % à 50 % de zinc.

Ci-contre sphalérite.





Le principe d'exploitation du zinc demande beaucoup d'énergie, et de l'eau pour refroidir la réaction. Sur le site, il reste les vestiges de ce que je suppose être deux creusets verticaux, et le réseau hydraulique en plus ou moins bon état, du captage de la source aux conduites de terre vernissées.





Les travaux occupent, en 1892, 80 ouvriers dont 45 au font. M. Radisson exploita la mine jusqu’en 1893.


"Au niveau Alice, une attaque vers l’Est a perdu le filon rapidement, mais vers l’Ouest et le sud le filon a pu être suivi sur 40 mètres. Le niveau St Louis a été poussé sur 30 mètres environ. Le travers-banc d’Argentiol a recoupé le gîte à 110 m et s’est enfoncé de 30 m dans le filon Alice. Le filon St louis a été rencontré en profondeur par deux galeries, l’une partant du niveau Alice et l’autre du niveau St Louis. Enfin, en face du travers-banc d'Argentiol, sur la rive opposée du ruisseau, une galerie a suivi sur 35 m long un beau filon. Les travaux sont abandonnés depuis le 1er mars 1902."


Les 109 ans qui nous séparent de la fermeture du site nous laissent de beaux vestiges encore, cela permet d'avoir une bonne idée de l'exploitation de ce minerai. Si la grande cheminée de briques n'existe encore que par les morceaux épars qui jonchent le sol, il reste encore de nombreux bâtiments. Tout en haut, celui que l'on imagine facilement appartenir à l'encadrement et à la direction du site. En face, à flanc de coteau, peut être le logement des mineurs, qui au vu du relatif isolement des lieux, devaient passer la semaine sur le site ; entre les deux, les bâtiments de la mine elle même, avec les creusés, la cheminé.


L'ancienne mine offre encore les entrées de trois galeries. Il faut en tant que visiteur garder à l'esprit les risques possibles inhérents à la visite d'un tel site, les constructions datent pour certaines de 1900 et plus, certains murs sont donc sur le point de s'effondrer. Les galeries ne sont plus exploitées depuis 110 ans, et les mouvements de sol et les infiltrations en font des lieux très dangereux ! Vous devez donc, comme lorsque l'on fait de la haute montagne, prendre conscience des risques réels d'accidents, peut être graves, que l'on peut subir lors d'une telle visite.

Je vous déconseille fermement de pénétrer dans les galeries ! Vous pouvez avancer d'un pas pour jeter un oeil, mais toute prospection plus approfondie serait une mise en péril plus que certaine. Vous voici prévenus.






Le filon est bien circoncis et la roche qui le contenait visible facilement, les galeries se succèdent sur l'axe de l’affleurement rocheux.



Toutes ces galeries sont obstruées, certaines sont petites et exiguës, une seule possède des dimensions importantes, mais toutes sont à la merci d'une chute de pierre. Aujourd'hui ces lieux sont des refuges pour diverses variétés de chauves-souris, donc il faudra au visiteur penser au respect de ces espèces protégées.


Les habitants des lieux sont de jolies chèvres curieuses.










Les chèvres se sont rapprochées pour se mettre à l'abri dans leur étable un peu plus haut, messagères de l'orage qui arrive, elles nous ont donné le signal du départ.



J'aurai aimé trouver plus de documentation sur cette ancienne mine, trouver des photographies anciennes et le plan du site en activité, mes recherches restent pour le moment infructueuses. Je souhaitais également trouver le processus d'extraction et de production du site, autant de questions en suspend que j'espère résoudre très vite pour compléter cet article. Si vous possédez des informations, n'hésitez pas à me contacter par les commentaires ou par le contact mis en place sur le blog.








J'aime penser aux mineurs qui ont travaillé sur ce site, j'imagine le lieu en pleine activité. Je sais que des difficultés d'acheminement vers la gare du Pouzin par les petites routes ont mis fin à l'exploitation du site. D'où venaient les ouvriers, qu'elle était leur vie ici... Tant de questions que ce précieux patrimoine nous pose encore. J'espère que les services de la région, de l'Etat prendront conscience de l'importance de la préservation des lieux témoins de la révolution industrielle...


"En 1924, au moment de la renonciation, l’ingénieur des mines dresse le tableau de l’exploitation de la concession depuis son origine :
 Les travaux exécutés ont porté sur des filons dirigés sensiblement est-ouest, avec pendage vers le nord presque vertical, renfermés dans des granites, renfermant de la blende et de la galène avec gangue presque exclusivement quartzeuse. Ils ont été effectués à l’Est du hameau de La Joie à environ 1 500 m à l’ouest du village de St-Cierge-la-Serre dans le ravin qui descend du hameau de La Joie au ruisseau d’Argentiol et au quartier de Replanas.
Dans le ravin de La Joie on a creusé un niveau [Saint-Louis] de 110 m de longueur dans le filon principal dit " Alice " partant de l’affleurement dirigé vers l’ouest allant jusqu’à la rencontre de la faille dite " du Treuil " limitant le champ d’exploitation. 
Une cheminée longeant cette faille est venue percer au jour pour dépiler tout l’amont-pendage. On a fait dans le niveau Alice un travers-bancs de 60 m lequel a recoupé un petit filon de blende et galène dit " St Louis " de peu d’importance que l’on a dépilé jusqu’au jour.
On a creusé un niveau sortage de 150 m de longueur et donne accès à l’extrémité à un plan incliné dans le filon Alice à proximité de la faille du Treuil pour l’exploitation de l’aval-pendage. Ce plan incliné de 125 m de longueur avec une pente de 45° a été divisé en sous-étages par des niveaux attaqués à 25, 50, 75, 100 et 125 m suivant la pente.
Tous ces niveaux ont exploité les parties minéralisées du filon en moyenne sur 100 à 150 m de longueur en direction, limités à l’ouest par la faille du Treuil et à l’Est par des petites failles successives et la stérilisation du gisement.
On a fait un travers bancs vers le nord pour recouper et exploiter le filon dit " des Châtaigniers ". Ce travers-bancs a été arrêté à 125 m de profondeur sans avoir donné aucun résultat. A 30 m du plan incliné, au mur de la partie riche du filon, on a creusé un petit puits de 30 m de profondeur et un petit travers-bancs de 7 m de longueur au fond du puits a recoupé le filon peu minéralisé que l’on a suivi sur 10 m de longueur.
Le filon Alice bien minéralisé en blende à la surface et dans les niveaux supérieurs, présente une minéralisation disséminée en profondeur, mélangée de galène très irrégulière, avec des parties stériles devenant inexploitables.
En définitive, toute la partie assez riche du filon Alice a été exploitée et il ne reste guère que quelques petits piliers représentant un tonnage à extraire de peu d’importance.
Sur la rive gauche du ruisseau d’Argentiol, on a creusé un travers-bancs et une galerie d’exploration de 200 m de longueur dans le filon dit " Argentiol ", très irrégulier, minéralisé en chapelet de blende et de galène. 
De l’autre côté du ruisseau, à 15 m plus bas, un traçage a été fait dans ce filon par le niveau et le travers-bancs " Coste " de 200 m de longueur pour l’exploration du gisement, lequel n’a donné aucun résultat satisfaisant.
Au quartier de Replanas, à environ 800 m à l’est des travaux de la Joie, on a creusé une galerie d’exploration dans un filon de blende et galène très peu minéralisé se présentant par intervalles dans les granites décomposés. Cette galerie, creusée à 11 m endessous de l’ancien niveau de recherche, a été arrêtée à 140 m de profondeur et n’a trouvé que des traces de minerais inexploitables.
Les résultats de l’exploitation ont été les suivants : De 1888, date de l’institution de la concession à 1896, date de l’arrêt des travaux, il a été extrait par M. Radisson, 4 851 tonnes de blende lavée à 50-50 % de zinc et 60 tonnes de galène à 60 % de plomb. De l’exploitation du 1er avril 1897 à 1902, par la " société minière et métallurgique des Cévennes " il a été extrait 1 092 tonnes de blende à 50 %.
Enfin, la " société des mines de l’Eyrieux " qui a repris les travaux en 1906 a extrait 3 125 tonnes de blende à 50 % et 101 tonnes de galène à 60 %.
Les travaux ont été définitivement arrêtés le 20 mars 1909."
Source : geowiki.fr 


Que reste-t-il aujourd'hui de cette exploitation d'un autre temps, la pluie tombe et commence à ruisseler, je regarde les terrils stériles et je me demande ce qui a été fait ici à la fermeture de la mine. L'arsenic, le plomb et le cadmium sont des éléments qui subsistent sur les sites d'exploitation du zinc, qu’en est il ici ? Le petit ruisseau qui traverse les résidus de la mine depuis plus de cent ans, en est-il chargé ?


Comment imaginer que le sol ne puisse pas être contaminé lorsque l'on constate une telle absence de végétation ? Et que dire des couleurs des rochers qui forment les berges du ruisseau ?


109 ans après la fin de l'exploitation, il serait intéressant de connaître les retombées sanitaires probables que les habitants de la vallée ont subies en contre bas de la mine... Reste-t-il  encore de l'arsenic dans ce désert ? Et que penser de ces chèvres qui paissent là, et de leur lait ? 


C'est avec beaucoup d'intérêt que nous avons visité ce site, avec une réelle passion pour le patrimoine de notre région, par curiosité également pour l'exploitation minière des années 1900. Mais nous quittons les lieux avec cette interrogation pesante, qu'en est il vraiment de la contamination des lieux et des retombées éventuelles qu'il y a eu pendant des années. Je n'affirme rien, je ne sais pas, je m'interroge simplement en voyant une friche si ancienne encore vierge de végétation. Impossible pour moi de ne pas penser au projet présent d'exploration pour le gaz de schiste, je me demande si cette exploitation du gaz de schiste avait lieu, si plus de cent ans après, les sols seraient eux aussi stériles comme ici ?


2 commentaires:

  1. Bonjour ,
    Merci pour ces magnifiques photographies et ce récit très instructif .
    Bravo

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  2. Bonjour,
    Ayant lu votre récit, j'ai eu envie de le voir, j'ai moi aussi été imprégné par le souvenir de ces mineurs qui ont travaillés dans les entrailles de la terre.
    Les ruines de la maison de <> où ils devaient venir récupérer leur semaine, les patroins et leurs graphiques d'extraction, leurs doutes leurs espoirs,
    Toute une vie, toutes ces vies qui se sont passées ici, sur ce terrain aujourd'hui stérile, lunaire....
    Très interressant.
    Merci,
    Philippe

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